Il faut bien se rendre à l'évidence: petit à petit, les rivages de l'adolescence insouciante disparaissent au loin, et un jour on se réveille en se rendant compte que sont apparus dans notre entourage proche des créatures étranges: de nouveaux joueurs potentiels, oui vous l'avez compris, des enfants.

Que se soient les vôtres (hé oui, parfois les hardcores gamers se reproduisent) ou que vos frères, soeurs, amis proches l'aient fait pour vous, il y a bien un moment ou votre passion pour les jeux de rôles vous amènera à tenter d'arbitrer une partie d'initiation avec des tout jeunes.

Première question: A quel âge les initier?

Pour vous garantir un minimum de plaisir, mieux vaut attendre la scolarisation, soit vers 6 ans, mais idéalement attendre l'acquisition de la lecture. Expérience faite, l'âge confortable se situerait vers 9-10 ans (tout dépend évidemment du niveau d'éveil du sujet).

Deuxième question: quel univers?

Une donnée fondamentale entre en ligne de compte: le sexe de l'enfant. Pour un garçon vous avez de forte chance de cartonner avec Star Wars, tandis qu'une fille branchera plus facilement pour du médiéval fantastique (conte de fée). Bref, posez leur la question et agissez en conséquence.

La question complémentaire qui jaillit automatiquement est
Troisième question: quid des règles de jeu?

La réponse est double, s'ils vous ont vu jouer/préparer, vous ne les satisferez pas avec des règles inexistantes. Dans ce cas, créer un personnage au plus près des règles, en ayant néanmoins le bon goût de simplifier les choses. La tête blonde, sa feuille de personnage en main se sentira votre égal (un vrai joueur) et prendra un malin plaisir à l'utiliser (si, si même si elle sait à peine écrire). La gestion en cour de partie, soit les lancers de dés auront le même effet. Simplifier vous la vie et ne demander que les tirages simples et significatifs (type jet d'attaque).
Sinon, faites un maximum pour éviter la gestion technique et foncer dans la narration.

Quatrième question: quel type de scénario?

A mon humble avis, une trame même basique peut suffire. Prenez pour exemple la maigreur scénaristique affligeante de certains Disney et regardez avec un oeil tendre et compatissant l'enfant s'enthousiasmer. Cette bonne nouvelle en tête, concevez une histoire qui donnera le beau rôle aux joueurs, mais n'hésitez pas à placer des difficultés sur leur chemin. Leur plaisir en sera d'autant plus grand.
Faîtes les rêver, donnez leur des pouvoirs (objets, magie, rôle) que vous ne donneriez jamais à vos joueurs traditionnels, qui leur ouvriront les portes du merveilleux. Mais attention, s'il y a plusieurs enfants à la table, équilibrez à tout prix les personnages, sous peine de devoir gérer des crises de jalousie dont vous ignorez l'ampleur.
Un bon truc pour introduire le merveilleux est de jouer sur un aspect caché des personnages qui se révélera en cours d'aventure, par exemple le personnage est un changelin qui découvrira sa vraie nature en route.

Cinquième question: l'ambiance?

Attention terrain glissant! Les enfants ont souvent de la peine à prendre de la distance par rapport aux choses que vous leur racontez. Créer une ambiance mystérieuse, leur faire vivre des combats épiques est bien, mais vous risquez de leur faire réellement peur et de les voir refuser tout de go de faire ce que la logique dicterait. Dosez vos effets, et en fonction de la façon dont la sauce prend, épicez plus ou moins fort. Si vous avez la main lourde, préparer vous à de joyeuses nuits blanches pour cause de cauchemars (on vous aura averti).
Un élément utile à inclure est le coach adulte. Prenez un joueur expérimenté, proche des enfants, il sera votre garde-fou, au cas où vous vous emporteriez dans un délire trop inaccessible pour les joueurs.
Deuxième mise en garde: si vous aimez poser un décor fouillé, installer une ambiance par des descriptions soignées, vous risquez de perdre vos joueurs. Il est étonnant comment un enfant peut se fixer sur des détails insignifiants et oublier ce qui paraît évident à vos yeux.
Un point important à souligner est celui de l'incarnation des PNJs. Eclatez-vous, faîtes les vivre, modifier votre voix, développez votre gestuelle, levez-vous, mimez, bref allez-y! Mimer une action complexe est souvent plus utile qu'un long discours que de toute manière ils n'écouteront pas ou à moitié.

Les dernières recommandations:

Eviter les sources de distraction. Si vous êtes un adeptes des douceurs, sucreries et autre amuse-gueule pour meubler votre table de jeu, la partie tournera vite en goûter d'anniversaire. La durée de la partie ne devrait pas excéder 6 heures, quitte à jouer l'histoire en plusieurs fois.

Si l'aventure vous tente, bon courage, le jeu en vaut la chandelle!

N.B. Ces observations proviennent d'une série de parties que j'ai arbitrées en famille et n'ont en aucun cas la prétention d'être exhaustives, et encore moins d'être incontestables. Vos expériences personnelles sont les bienvenues pour enrichir le débat.

Oliver