Le 29 février 2008 a eu lieu la première session francophone d'Un serpent de cendre, un mini-GN de J. Tuomas Harviainen (je vous invite à lire l'annonce sur Aufil pour comprendre de quoi on parle).
Ce huis clos minimaliste est sans doute le plus international de l'histoire du GN: l'original finlandais Tuhkakäärme a été traduit puis joué au Danemark, au Royaume-Uni, en Suède, en Italie et le soir même aux Etats-Unis.

La théorie
Un serpent de cendre fait partie du projet de test des théories de GN entrepris par l'auteur, qui fait un doctorat sur le sujet. En effet, pas mal de gens (surtout en Europe du Nord et un peu aux Etats-Unis) écrivent des manifestes sur ce qu'est ou devrait être le GN, ainsi que des articles plus académiques de théorie GNistique,  mais peu semblent pressés de les tester. Notre bon finnois a donc retroussé ses manches et, depuis quelques annéees, écrit des scénarios en suivant ce que préconisent ces différentes théories pour les mettre à l'épreuve. Il les fait jouer puis écrit un article sérieux rendant compte de la viabilité de la chose, de l'écriture du scénario, du déroulement du jeu, du ressenti des joueurs etc. Ainsi, Un serpent de cendre a été écrit selon le Process Model of Roleplaying, une sorte de dissection rationnelle de ce qui définit un jeu de rôle, de ce que le joueur compte en retirer, les méthodes pour y arriver, les types de résultats etc. Appréciant la démarche expérimentale, je me suis dit que ce serait sympa de faire le cobaye et j'ai donc pris soin de ne pas lire la théorie avant de jouer pour ne pas influencer la partie. J'ai essayé de lire l'article original depuis et honnêtement c'est pas très folichon, passons donc à ce qui nous intéresse.

La pratique
Malgré le minimalisme du jeu, j'ai quand même voulu garder un certain decorum GNistique classique: persos envoyés à l'avance, trombinoscope, site de jeu et nourriture collant à l'ambiance (frugale), casting semi-dirigé etc. Les joueurs ont fait de même, avec quelques costumes et accessoires qu'on aurait pu retrouver dans n'importe quel GN contemporain. Deux personnes étaient totalement néophytes, une pas très expérimentée, les neuf autres étaient des vétérans.

Si la soirée a commencé classiquement pour un huis clos, l'absence d'indices, de mécanismes d'enquête et de règles précises a rapidement induit un style de jeu très différent, plus proche de l'exercice d'impro que de la soirée-enquête: les joueurs se sont surtout concentrés sur le roleplay, ce qui en tant qu'orga-spectateur (pas de PNJ à incarner), donnait l'impression d'avoir une troupe de théatre pour soi tout seul. La durée de jeu (90 minutes) se rapprochait aussi d'un film, avec des côtés Mes meilleurs copains ou Un air de famille, en plus tendu. Quand j'ai indiqué qu'il ne restait que 15 minutes et donc qu'ils pouvaient se lacher, on est tombé clairement dans une violence verbale à la Festen, un film qui vient justement du Nord, est assez minimaliste dans la forme mais fait passer de fortes émotions.

Le reste de la soirée a été consacré à un debriefing, qui a permi de faire retomber la tension. A la demande de l'auteur, j'ai posé la question "Qu'as tu ressenti?" à chaque joueur, pas dans le sens "Est-ce que ça t'as plu?" mais plutôt "Quel sentiments a tu éprouvé?". Les participants d'ailleurs libres de reposter leurs impressions dans les commentaires Je plaisante! ; - ). J'ai traduit les divers retours et l'auteur remercie tous les joueurs pour ces données.

Alors, heureux?
Oui! Attention, ce huis clos n'a pas changé ma vie, je ne vais pas me convertir au GN minimaliste. J'aime toujours autant les jeux avec des supers costumes dans des lieux exotiques, des intrigues complexes et pleins d'objectifs palpitants.

Mais les automatismes d'enquête (ou de baston) empêchent parfois de s'immerger dans son personnage, de vivre ses émotions plus profondément et plusieurs joueurs ont justement apprécié le côté rafraîchissant de l'expérience. Je conseille donc à tous les GNistes de s'y essayer, pour tester à la fois les limites de leur loisir et leurs propres limites en tant que joueur.

A cause du thème et de la tension générée, je ne pense pas faire de redif avec des gens que je connais moins bien que ces 12 premiers apôtres. Par contre, le scénario prêt à jouer est disponible sur simple demande à thomaslefourfantastique.org
A vous donc de trouver quelqu'un pour tenter l'aventure… et de venir nous en parler ici.