Le GN en Allemagne vu par Peter Kamp. Voici un entretien réalisé avec un joueur allemand, qui s'il n'est pas forcément représentatif du joueur moyen, éclaire sur les différentes pratiques du jeu de rôle grandeur nature (GN) en Europe.

Qui es-tu, où vis-tu?
32 Ans, consultant en télécommunications, j'habite Paris.

Quelle expérience as-tu du GN dans ton pays et à combien de GN as-tu déjà participé?
Est-tu plutôt joueur et/ou organisateur?

J'ai participé à une quinzaine de GN et avec plus d'expérience j'ai commencé à participer à l'organisation, puis j'ai pris la responsabilité d'un groupe d'organisateurs.

A quel type de jeux participes-tu généralement?
A 70% ce sont des GN qui durent toute une fin de semaine, début le vendredi soir et fin le dimanche midi ou après-midi. C'est du médiéval fantastique avec environ 150 joueurs, histoire de remplir les châteaux. J'ai participé à des jeux de 500 joueurs, mais cela commence à faire beaucoup de monde.

Plus récemment, les 30% restant, ce sont des GN plus petits, médiévaux ou années 20 avec un cercle plus restreint de joueurs (maximum 40) qui viennent tous sur invitation avec des rôles très bien définis et des scénarii très serrés. Ces GN "compacts" durent une longue journée.

Pour les sites, ce sont généralement des châteaux bien restaurés, avec pour avantage que la nuit on peut prendre une bonne douche et dormir dans un lit douillet avant de jouer les barbares du Nord. J'y apprécie aussi les zones "hors jeux", histoire de pouvoir passer un coup de fil si maman est malade ou autre. Sinon, j'ai joue sur des camps de scouts avec des huttes en bois ou bien en pleine forêt, mais si le terrain devient très sauvage, c'est très dur de garder un bon train à l'histoire. Je n'ai jamais oublie le GN ou il fallait trouver la pierre maudite dans la carrière et qui a tourné à "cherchons les trois nains perdus dans la forêt, sans torche et ça commence à sérieusement peler."

Qu'y recherches-tu et que t'apporte le GN?
La fête, surtout une superbe fête qui fait briller les yeux de tout le monde. Les gitanes qui dansent sur les tables autour de gigantesques feux avec la musique de flûtes et cornemuses, les concours de chant dans la taverne, les pièces de théâtre, les cracheurs de feux... Si le tout est porte par une bonne partie de rêve, les costumes, le site, alors le reste est au rendez-vous: rencontre, sport, mystères du scénario.

Peux-tu nous résumer comment tu as vécu ton dernier jeu?
Il était relativement stressant. Nous avions loue une grande forteresse dans la région de Francfort et nous y étions environs 130 joueurs. Comme dans le service de la forteresse les repas, le nettoyage etc, étaient inclus, l'équipe d'organisation ne comprenait que 5 personnes. Une assez grande partie des joueurs (environ la moitié) était pour la première fois sur un de mes GN et attendait pas mal de "l'animation", c'est à dire que pas mal de gens voulaient être prix par la main pour être guidé gentiment a travers le scénario. Après avoir perdu encore deux personnes de l'équipe orga à cause de l'amour et d'une dent pétée, j'ai assez peu dormi. Ceci dit quelques compagnons de longue date ont pas mal aidé en donnant de superbes spectacles et en reprenant un peu l'animation. L'écho que j'ai eu de ce GN était qu'effectivement il y aurait pu avoir plus d'action due au scénario mais que tout le monde était plus qu'impressionné par les parties "fête et culture" (par exemple un prof d'histoire de la fac de Francfort a donné à table un cours de danse médiévale.)

Quels sont les choses les plus amusantes, délirantes, formidables, originales que tu as pu rencontrer lors de tes différents GN dans ton pays? As-tu quelques anecdotes?
Mon truc personnel favori est la compétition de frime. C'est une invention qui est venue spontanément il y a quelques années quand nous nous disions dans la taverne que de toute façon les voyageurs racontent sans cesse des bobards à propos de leurs aventures. Alors tant qu'à faire, mieux valait voir qui raconterait l'histoire la plus improbable. Par exemple le berger qui a balancé une gigantesque boules de crottes de chèvres en feu au ciel et qui nous donne toujours de la lumière aujourd'hui ou bien le fou du roi qui a désarçonné le chevalier noir avec rien d'autre que l'effet de l'ardeur suite a la rencontre d'une jeune fille... Tout ce qu'il faut c'est une foule motive pour les histoires les plus délires, quelques narrateurs et un niveau d'histoire suffisamment bon pour que le public n'arrive pas à se décider tout de suite, ce qui mène à plusieurs tours d'improvisation.

Une autre superbe idée à refaire, c'est d'amener un pc portable et une imprimante dans la "grande bibliothèque" du jeu (bien cache, bien sur.) Généralement une bibliothèque ne comprend que quelques livres, une centaine tout au plus, jamais assez pour satisfaire les demandes les plus bizarres. Tout change avec l'imprimante. Quelques textes un peu généraux, du vieux papier, et hop! En quelques minutes on déniche un parchemin avec l'explication du pourquoi l'oeuf bleu du dragon vert et la solution à tout.

Le mot que la bibliothèque connaît les réponses à tout passe très vite de bouche à oreille et on dispose d'un formidable moyen de rajouter des infos a l'histoire si besoin est. Autre bel effet secondaire: toutes les brutes qui ne savent pas lire doivent bien se comporter envers la faction intellectuelle!

Une dernière anecdote: la Valkyrie comme on appelait la Baigneuse, un très beau plaisir au cours d'un GN assez stressant. En Allemagne, il y a pas mal de fin de semaines médiévales ou de marchés historiques pour touristes. Les marchands qui bossent là dedans aiment forcement aussi s'amuser. Alors nous arrivons assez bien a en débaucher quelques-uns pour un week-end jeux, où ils viennent à prix réduit. La Valkyrie donc, c'est une fille (enfin,... costaux, genre nageuse Est-Allemande, mais très sympa), qui offre un service de massages / bains traditionnels. C'est à dire un grand bac ou on peut se mettre à plusieurs, jusqu'a huit, et a poil bien sur, car les nordiques sont peu pudiques. Ca commence à vraiment avoir du charme si on a des bardes qui chantent à cote, la bouffe et le vin à portée, tout comme a l'époque: GENIAL! On peut aussi se faire faire des massages, très bénéfiques mais douloureux. On a vu de véritables barbares en pleurer. Ce qui est drôle, c'est que la fille a un grand répertoire de rimes pour se moquer des douillets. Cela rassemble souvent de petites foules devant la tente de massage, juste pour entendre les cris de pitié des clients!

Tu as pratiques le JDRGN en France, quelles sont d'après toi les différences majeures entre les deux styles de jeux?
Pour commencer, des associations comme il en existe beaucoup en France n'existent qu'assez peu en Allemagne ou bien y jouent un rôle moindre. En Allemagne ça passe plus par un réseau de copains, base sur toute une multitude de sites sur Internet. Il y a des gens qui y font des calendriers, avec des liens pour s'inscrire. Ce genre de site a même donné naissance a un genre nouveau: le critique de GN. J'en connais un qui fait énormément de GN dans l'année et systématiquement fait une critique après pour la publier sur les sites de calendrier. C'est un service que je trouve très bien. Rien de plus ennuyeux que se trouver sur un GN de bataille si on voulait jouer les lutins sympas (d'ailleurs une clochette en mental mal placée entre une cote et un coup d'épée latex, ça peut être très très douloureux.) Une autre différence est peut être le prix. J'ai l'impression que les nordiques sont prêts à mettre plus d'argent dans un GN que les Français.

En France il y a aussi plus de sites "pleine nature" qu'en Allemagne. Mais c'est peut être aussi une question de disponibilité et de droits d'utilisation.

Pour finir, l'idée qu'un GN réussi doit avoir des musiciens, un peu de spectacle etc, est peut-être plus prononcée en Allemagne qu'en France. Mais mon point de vu est peut être polarise par ma présence sur beaucoup de GN "festifs".

De même quels sont les points communs?
L'ambiance est bonne, les gens sont accros, les gros GN sont de beaux melting-pots de tous les genres de joueurs qui ne suivent pas forcement les mêmes plaisirs a l'extérieur du GN. Le fait d'être quelqu'un d'autre pendant un WE facilite le contact à tout le monde et cela est universel.

Qu'as-tu apprécié en France parmi les aspects que tu ne retrouves pas dans ton pays?
La flexibilité, l'improvisation. Comme on monte un GN ensemble, il y a moins d'attende "d'être amusé" par des organisateurs comme en Allemagne. J'ai plus eu l'impression que tout le monde donne un peu de son coté pour faire un beau GN ensemble.

As-tu teste d'autres pays?
Oui, j'ai fait quelques GN en Angleterre et en Hollande. Les Anglais sont très jeux de bataille historique. Les camps sont définis, il n'y a quasi pas de scénario mais les costumes sont très soignes et les batailles longues. On y rencontre des mecs vraiment bizarres (par exemple celui qui se prend pour Guillaume le Conquérant aussi dans la vie prive), ça peut être drôle.

En Hollande, c'est un peu le même genre, sauf que c'est plus cher et qu'ils rajoutent un peu des aspects de fête. Ceci dit, si on veut des batailles, rien ne vaut les Anglais. Le son des cornemuses et des tambours au matin sur un grand champ dans le brouillard... c'est pas mal du tout!

Propos recueillis par VM pour le GN-Mag numéro 4.
Reproduit avec l'autorisation de la rédaction de GN-Mag et en accord avec la loi du Copyright international.