La présente histoire parle de magie : où va-t-elle? et, principalement, d’où vient-elle et pourquoi? Mais elle ne prétend pas pour autant répondre à tout ou partie de ces questions
Peut-être permettra-t-elle, cependant, d’expliquer pourquoi Gandalf ne s’est jamais marié et pourquoi Merlin était un homme. Parce que la présente histoire parle aussi de sexe, mais probablement pas dans le sens athlétique, acrobatique, comptez-les-jambes-et-divisez-par-deux du terme, à moins que les personnages n’échappent totalement au contrôle de l’auteur. Ils en seraient parfaitement capables.
En tout cas la présente histoire parle surtout d’un monde. Le voici qui arrive. Ouvrez bien les yeux, les effets spéciaux sont hors de prix.
Une note grave retentit. Un accord, plutôt, profond, vibrant, qui présage une entrée en fanfare de la section des cuivres en l’honneur du cosmos, car la scène a pour cadre l’immensité noire de l’espace où quelques étoiles scintillent telles des pellicules sur les épaules de Dieu.
Elle apparaît alors, plus grosse que le plus gros, le plus méchamment armé des croiseurs interstellaires issus de l’imagination d’un réalisateurs de films à grand spectacle : une tortue, longue de quinze mille kilomètres. C’est la Grande A’Tuin, l’un des rares astrochéloniens d’un univers où les choses sont moins que ce qu’elles sont et davantage que ce qu’on croit, et elle porte sur sa carapace grêlée de cratères météoritiques quatre éléphants géants qui soutiennent à leur tour sur leurs monstrueuses épaules la grande roue circulaire du Disque-monde.
A mesure que le monde se déplace, l’œil en embrasse l’ensemble à la lumière de son minuscule soleil en orbite. On y distingue des continents, des archipels, des mers, des déserts, des chaînes de montagnes et même une toute petite calotte glaciaire. Les habitants d’un tel disque, c’est évident, ne veulent pas entendre parler de théories globales. Leur monde, bordé d’un océan qui l’encercle et se déverse perpétuellement dans l’espace en une seule et longue cataracte, est aussi rond et plat qu’une pizza géologique, moins les anchois.
Un tel monde, qui n’existe que parce que les dieux ne résistent pas à une bonne blague, est forcément un terrain où la magie peut survivre. Le sexe aussi, bien entendu.

Terry Pratchett
La huitième fille – Equal rites

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